Les bisons des prairies sont des êtres impressionnants, foulant les étendues sauvages du Canada depuis des milliers d’années.
Lorsqu’on est arrivé au parc national du Mont-Riding, je ne m’attendais pas à ce que cette étape soit aussi marquante dans notre voyage à travers le Canada. Surtout après maintes péripéties pour trouver notre chemin au milieu de nulle part et arriver finalement dans ce trou perdu au milieu de la province du Manitoba. Ou du moins ressemble-t-il a un trou perdu pour des voyageurs qui traversent le Canada, cherchant à conquérir l’Ouest canadien en avançant grâce aux roues de leurs autos et avides d’une liberté synonyme de montagnes.
Après être arrivé à destination, non sans difficulté, pas tant parce qu’il est difficile de s’y perdre puisque les intersections ne sont pas la manne dans ce coin de pays, mais plutôt parce qu’il est malvenu de manquer d’essence sur ces grandes routes où il y a une station-service tous les 400 km. C’est donc pour cette raison que nous avons dormis à une station-service un peu bizarre. Très tôt le lendemain matin, nous avons pu mettre de l’essence grâce à un gentil monsieur et commencer notre exploration en allant directement voir les bisons des prairies l’une des deux sous-espèces du bison d’Amérique.
Je n’ai pas pu m’empêcher de regarder les bisons pendant des heures. Du belvédère ou de mon auto. Ils broutent et sont si paisibles, comme s’ils avaient la vie devant eux pour manger l’herbe dont ils ont besoin, comme si rien ne pouvait venir les perturber. Un visiteur trop curieux peut être, des loups peut être pas. Ça me rappelle un peu des vaches dans un pâturage. Ils sont tous deux des ongulés, des animaux qui marchent « du bout des doigts ». Ils sont aussi tous les deux ruminants et des bovidés.
Ils peuvent même se reproduire! En Amérique, on appelle les hybrides qui résultent d’un croisement entre un bovin domestique et un bison d’Amérique «beefalo» ou «cattalo». On peut également assister à un croisement entre un bovin domestique et le bison Européen qui résulte en un «zubron». Des hybridations en Amérique ont même été orchestrées par des éleveurs pendant le 18 IIème siècle. L’objectif étant de produire une espèce plus adaptée que les bovins domestiques aux conditions écologiques et climatiques tout en conservant une croissance rapide et un comportement facile. Il y a également eu quelques croisements accidentels. Des vaches fuyant leurs enclos pour aller batifoler avec des bisons. Sans pousser trop loin dans les points positifs et négatifs de l’hybridation des espèces, il est nécessaire de savoir que cela peut appauvrir génétiquement les populations sauvages.
Le Bison des prairies fut jadis grand roi terrestre des plaines de l’Amérique du Nord. Avec 2m de hauteur et ses 1000 kg d’herbivore, il est plutôt imposant! C’est le plus grand mammifère terrestre d’Amérique du Nord, de quoi faire compétition aux éléphants. En raison d’une chasse excessive et de la perte de son habitat, en seulement 100 ans, la population est passée de 60 millions à 300 individus au XIXe siècle. Sans compter les différentes maladies provenant des bovins d’élevage qui ont décimé les populations. Actuellement, il y a environ 1500 individus matures au Canada qui occupent 0,5% de leur aire de répartition d’origine. Au Mont Riding qu’on a visité, c’est 40 bisons des prairies qui sont présents en captivité. Ils ont été réintroduits en 1931 pour le public. Le bison des bois, pour sa part, vit plus au Nord que son homologue des prairies. Il y a environ 7 000 individus dans neuf sous-populations différentes au nord de l’Alberta, de la Colombie-Britannique, au Yukon et au Territoire-du-Nord-Ouest.
Mais ce n’est pas tout. Les Bisons avaient un impact important sur les prairies. Leur présence permettait de maintenir l’équilibre de l’écosystème. En broutant les herbes, ils créaient un habitat propice à une foule d’espèces indigènes. Les grandes hardes qui parcouraient librement le territoire façonnaient les paysages. C’est ce qu’on appelle en écologie une espèce clé de voûte, une espèce qui par sa présence à une influence déterminante sur son écosystème et les espèces qui l’habitent.
Aujourd’hui, le bœuf des prairies parcourt maintenant 90% des prairies d’origine. Il faut bien nourrir ces petits humains gourmands de steak et de burger! Mais, est-ce au détriment de tout un écosystème? Faut-il crier au loup et s’insurger contre cette occupation du territoire? À vous d’en décider. D’une part, les bovins domestiques peuvent aujourd’hui aider à atteindre les objectifs écologiques de broutage dans la prairie mixte. Des pâturages bien gérés offrent un habitat pour les espèces indigènes. D’autre part, nous avons malheureusement réduit l’espace vital du symbole des prairies à quelques aires protégées.
Dans les torrents de la vie moderne, observer les animaux est une pause qui apporte la paix à l’âme, qui ramène à l’essentiel. Les bisons nous rappellent ce que nous avons perdu, ce que nous devons préserver. Le temps d’un instant, ils me permettent de m’imaginer ce à quoi devaient ressembler les prairies lorsque les grandes hardes de bisons les parcouraient librement. Elles devaient être sauvages et vivantes.
En même temps, cet herbivore si grand et puissant qui dominait autrefois l’Amérique du Nord est réduit à quelques troupeaux qui vivent restreint à quelques parcs protégés. Est-ce qu’en broutant leur liberté la nôtre se serait également envolée? Quelque part entre des maisons clôturées et quatre murs blancs?
Nous continuerons ensuite notre parcours vers l’ouest en gardant l’image des bisons dans le rétroviseur. Il y a plusieurs autres endroits intéressants pour les observer. Les troupeaux du parc national de Elk Island en Alberta, du parc national de Prince-Albert en Saskatchewan, ou de Pink Mountain en Colombie-Britannique. Il y a aussi les bisons des bois présents au Refuge de bisons du Mackenzie aux Territoires du Nord-Ouest qui compte plus de 2000 individus. Autant d’endroits pour rêver, pour imaginer, pour comprendre et pour s’interroger sur ces animaux si mystérieux.
Références
COSEPAC. 2013. Évaluation et Rapport de situation du COSEPAC sur le bison des prairies (Bison bison bison) et le bison des bois (Bison bison athabascae) au Canada. Comité sur la situation des espèces en péril au Canada. Ottawa. xvii + 117 p.
Parc national du Mont-Riding. 2020. Le bison : Être ou ne pas être… sauvage?. Parc national du Mont-Riding (pc.gc.ca)
Yadav A., Jain A. Sahu, J., Dubey A., Gadpayle R., Barwa D.P., Verna U., Kashyap K., Sahu J., 2019. An overview on species hybridization in animals. International journal of fauna and biological studies. ISSN 2347-2677.
Fédération canadienne de la faune. N.A. Le bison. https://www.hww.ca/fr/faune/mammiferes/le-bison.html
COSEPAC. Bison des bois. https://faune-especes.canada.ca/registre-especes-peril/species/speciesDetails_f.cfm?sid=143
COSEPAC. Bison des prairies. https://faune-especes.canada.ca/registre-especes-peril/species/speciesDetails_f.cfm?sid=805