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Périple en voilier

J’ai commencé à m’intéresser réellement à la voile en 2019, après être allée en road trip sur l’ile de Vancouver au printemps. On s’est donc inscrit pour suivre un cours d’initiation à la voile à l’automne. Coup de cœur, malgré la pluie et le froid d’un mois de septembre grisâtre. Je me rappelle m’être dit que si j’aimais ça dans ces conditions-là, j’aimerais encore plus ça s’il fait beau, non?

Un an plus tard, la pandémie ayant freiné nos projets de longue randonnée, on décide de se lancer dans l’aventure de la voile en grand. On achète notre voilier en août et on le découvre lentement dans la rivière Richelieu. Première sortie, on a démarré le moteur, mais en sortant de la marina, on s’est retrouvé à ne pas savoir comment enclencher la transmission. Heureusement pour nous, le courant nous a tranquillement poussés vers le quai de l’autre côté, mais je me suis fait toute une frayeur… La courbe d’apprentissage allait être abrupte. 

En 2022, après des heures de travail, notre voilier était fin prêt pour être convoyé de La Baie au Saguenay, jusqu’à La Malbaie dans Charlevoix. Je vous épargne les détails, mais il a fallu construire un nouveau ber pour le bateau, chose à laquelle on n’avait pas du tout pensé en l’achetant. On avait aussi décidé de faire transporter le bateau par la voie terrestre entre le Richelieu et La Baie afin de pouvoir faire les travaux tranquillement puisqu’on avait entre-temps déménagé. La mise à l’eau a été des plus stressantes. Quand on voit ces beaux voiliers si nobles et élégants, on comprend bien qu’ils sont faits pour aller dans l’eau, et non sur terre. C’était une première autant pour notre bateau que pour nous, celui-ci n’avait jamais été dans l’eau salée et nous… on n’avait jamais fait de mise à l’eau! 

Aventures sur le Saguenay et le fleuve

Le premier jour a consisté à descendre le Saguenay. On a commencé au moteur, le temps de terminer d’attacher les cordages pour les voiles (pas dernière minute du tout). Ça a été une journée de rêve. Du soleil, un beau petit vent pour être à la voile tout le long. Je me rappelais avoir navigué sur le fjord en 2019 en tant que matelot et m’être imaginé franchir les mêmes eaux sur mon propre bateau. J’étais aussi terrifiée, parce que sur l’eau on est vraiment isolé et malgré les heures passées à suivre des cours ou dans les livres, je ne me sentais pas encore totalement prête. Quand on est arrivé à la marina de Tadoussac le soir même, j’avais un coup de soleil, mais j’étais fière de moi. 

Le lendemain avant de partir, on établit notre trajet, on vérifie la météo, on calcule les courants et les marées. On sait que cette journée va être plus sérieuse que la précédente. 

De cette journée entre Tadoussac et La Malbaie, je me rappelle m’être sentie minuscule, sur mon tout petit bateau, dans cette immensité. C’est là qu’on se rend compte qu’on a bien peu de pouvoir face aux éléments. 

Je me rappelle m’être retrouvée à barrer le voilier alors que nous étions au moteur, entre les vagues immenses créées par un cargo au loin. De ne plus voir l’horizon et de me poser des questions cruciales du genre « Est-ce que la coque du bateau est assez solide pour supporter toutes ses tensions? » Pas vraiment le type de réflexion que tu veux avoir au milieu de nulle part. 

Je me rappelle aussi avoir croisé le regard d’un petit rorqual juste à côté du bateau, sautant entre deux vagues, agile comme un dauphin de 6 mètres. Moi qui écris des articles sur les observations de mammifères marins dans le Saint-Laurent, je n’ai pas rapporté ce moment. Cette journée-là, c’est un petit rorqual qui a observé une humaine sur un voilier dans le fleuve.

Un été sur le fleuve

L’été 2022 a été consacré à consolider notre apprentissage de la voile. Après nos premières péripéties d’amarrage et d’appareillage, j’ai appris moi aussi à effectuer ces opérations délicates, malgré la peur qui me nouait les entrailles à chaque fois. Je voulais être capable de le faire. Et il y a cette drôle de chose qui arrive parfois dans ces cas-là, c’est que finalement, j’ai appris à prendre plaisir à être à la barre pendant cette étape. C’est même devenu mon moment préféré.

Bonnie, de son côté, a été un petit chien marin parfait. Elle restait couchée bien calée dans le cockpit pendant nos sorties de voile, mais clairement ce n’était pas aussi le fun qu’une marche sur la plage!